Thierry, étudiant à Bruxelles

16/11/2020

C'était le 15 janvier 2015, je m'en souviendrai toute ma vie. Ce jour là, je suis sur le campus de mon Université, je tapote nerveusement mon téléphone pour rafraîchir les notifications: il y a eu un attentat à la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo. Les vidéos des assassins tournent en boucles sur les réseaux sociaux, je regarde l'une d'elles, on entend un assassin hurler « On a tué Charlie Hebdo, on a vengé le Prophète Mohammed ! ». Je suis atterré, saisi d'effroi; on peut tuer pour des dessins, pour des stupides dessins?!

Au loin je vois arriver mon ami Mohammed, très stylé, toujours bien sapé, il vient rarement en cours « tu comprends, c'est haram (interdit) ici ! » me dit-il, sans que j'en comprenne trop le sens. C'est Un compagnon de classe depuis deux ans pour qui, bien qu'un peu trop religieux à mon goût, j'entretiens une franche amitié. 

Je lui dis effaré : « des terroristes ont assassiné les journalistes de Charlie Hebdo, tu te rends compte ? Pour un dessin ?! ». Il me répond sur un ton sec : « Écoute, ils l'ont cherché, ils l'ont mérité! On les avait prévenu, ils ont recommencé ! ».
Je me fige, je suis partagé entre la peur et la colère, je me contiens : « Mais Momo, on n'assassine pas des gens pour ça ? Rien ne justifie qu'on tue quelqu'un pour quelque raison que ce soit ! On fait des études de droit, tu devrais le savoir, non ? ».




J'attendais patiemment qu'il me rassure mais devant mon incompréhension je le sens très énervé. Il tient à me dire qu'il m'aime beaucoup et que je resterai son ami, mais il ne peut s'empêcher d'insister: « Tu dois nous comprendre, pour nous c'est sacré! C'est un manque de respect pour notre religion, on ne peut pas l'accepter ! Au moins plus personne ne le fera, il fallait montrer qu'on montre l'exemple »; il tourna les talons, il était l'heure d'aller en cours.

Ce soir là je suis rentré chez moi, en colère, je n'ai pu m'empêcher de supprimer son nom de tous mes réseaux sociaux, supprimer ses messages, effacer ses mails. Le lendemain, anxieux de le croiser, je suis retourné en cours. Il n'était pas là, il n'est plus jamais revenu et je ne l'ai plus jamais revu.