Pensée et transgression

11/12/2020

Hugo van der Goes, Le péché originel, 1467

Par Emilie P.

Le plus remarquable évènement de cette semaine dans les publications de l'Observatoire fut sans conteste le partage de la plaidoirie de Maître Gilles-William Goldnadel, avocat de la famille de Philippe Braham assassiné au cours de la prise d'otages de l'Hyper Casher, publiée par Valeurs Actuelles.

Ce partage a suscité des réactions qui avait de quoi faire plonger tout être doué de raison dans un abîme de réflexion et de consternation.

https://m.facebook.com/groups/observatoirebruxelles/permalink/677570939571856/

Dans sa plaidoirie vigoureuse, Maître Goldnadel rappelle la responsabilité de l'Éducation Nationale, des médias et de la Justice dans le passage à l'acte meurtrier des terroristes. Depuis les années 80, le déni, la complaisance ou le laxisme de ces institutions vis-à-vis de l'antisémitisme islamiste a conduit à une série d'attentats tragiques.

L'idéologie islamo-gauchiste ne se cantonne pas, selon Maître Goldnadel, aux partis, médias et personnalités revendiqués de gauche mais constitue une doxa très influente sur l'opinion publique en générale, par delà les appartenances politiques.

Par volonté de ne pas « stigmatiser » les musulmans, l'on a ainsi justifié, minimisé et tu ce phénomène plutôt que de le prendre à bras le corps.

Ainsi que le formule Patrick Klugman, également avocat de plusieurs parties civiles au procès des attentats de janvier 2015: « Les Français juifs se sont trouvés dans le point de mire de deux lignes de fracture : l'obsession criminelle de ceux qui veulent les tuer et l'indifférence des autres. » Il en est de même pour les Belges juifs.

À la lecture de l'un des comptes rendus éprouvants du procès des attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, une phrase m'avait frappée particulièrement. Je crois que c'est Zarie Sibony, la jeune femme qui était alors caissière à l'Hyper Casher et qui est aujourd'hui infirmière en Israël qui le relate. Le terroriste veut appeler la police et il la sollicite pour composer le numéro. Alors que se fait entendre le message du répondeur: « Pour un appel urgent, veuillez patienter », il dit à la jeune femme : « Vous êtes pas assez importants pour la police»

Outre l'atrocité du sarcasme, cette phrase nous alerte sur le sentiment d'impunité ressenti par ceux qui manifestent leur haine. Ainsi, ce n'est pas seulement la virulence de l'antisémitisme chez une partie de nos concitoyens d'origine arabo-musulmane qui provoque l'alya (vers des quartiers plus sécurisés en Europe ou vers Israël) de certains de nos concitoyens juifs. C'est aussi l'inconscience, l'indifférence générale, le déni, la complaisance ou la complicité active d'un trop grand nombre de personnes, sinon de la majorité.

Bien des représentants de l'État, beaucoup de médias manquent ainsi à leur devoir par paresse intellectuelle, déni, complaisance ou clientélisme.

Leur mansuétude masque mal leur lâcheté. Ils ne font rien moins que sacrifier la vérité et la justice à leur confort intellectuel,  et à leur position sociale.

Il me semble pourtant que stigmatiser la haine, la bêtise et l'ignorance des individus quelque soient leurs origines ou leurs couleurs de peau, c'est faire preuve de justesse et de justice.

Certaines phrases cinglantes de nos professeurs, de nos parents ou de nos amis nous ont marquées car bien qu'elles nous aient fait mal, la honte ressentie nous a permis de nous corriger et de progresser.

*


L'article de Nadia Geerts publié dans Causeur et relayé par l'Observatoire https://m.facebook.com/groups/observatoirebruxelles/permalink/671637336831883/ est consacré à l'étude récente de Joël Kotek et Joël Tournemenne « Le Juif et l'Autre dans les écoles francophones bruxelloises » (très peu mentionnée dans la presse belge). Il fait également écho aux contenus des plaidoiries du procès des attentats de 2015.

L'auteur soulève notamment deux points essentiels de l'étude. Premièrement: une très grande partie des lycéens musulmans bruxellois est persuadée que l'islam est la religion la plus persécutée alors même que la réalité contredit ce sentiment. Deuxièmement, l'islam suscite en effet un sentiment de sympathie largement partagé au sein des lycéens sondés alors que le judaïsme souffre de l'image la plus négative, toutes convictions confondues.

Ces résultats devraient nous faire réfléchir d'une part aux discours démagogiques qui encouragent les postures victimaires et entretiennent ce sentiment de persécution fantasmé parmi les jeunes musulmans, et d'autre part aux conséquences désastreuses de la banalisation de l'antisémitisme, notamment à travers le traitement médiatique manichéen du conflit israélo-palestinien, instrumentalisé par les islamistes et leurs alliés, au prétexte duquel sont pris à parti de façon injuste nos concitoyens juifs.

Je me souviens d'une collègue avec qui j'évoquais un roman dans lequel l'auteur effectue un voyage à travers l'Europe pour se confronter à l'Histoire de la Shoah. Cette collègue si tolérante et débonnaire me demanda sèchement: « Il est juif ? » Je lui répondis que ce n'était pas le cas et que l'auteur voulait se confronter au cauchemar de l'Histoire qui nous concerne tous.

Non moins abruptement elle rétorqua qu'elle n'aimait pas les Juifs, qu'ils étaient racistes, que ce génocide s'était passé des années auparavant et qu'il y en avait eu d'autres depuis.

Lorsque je lui fis remarquer qu'elle, si pointilleuse et à juste titre lorsqu'une collègue s'était permise des généralités détestables sur les musulmans, faisait preuve ici d'un discours xénophobe et d'un relativisme historique discutable, elle fut saisie et reconnue après que nous ayons discuté longuement qu'elle n'avait pas eu conscience de la teneur de ses propos.

Il s'avère que cette personne venait d'un milieu plutôt confortable, qu'un de ses parents était professeur et qu'une partie de sa famille vivait en Israël. Je fus donc ébranlée que le climat idéologique actuel ait amené cette collègue qui aurait dû être en mesure de faire preuve de clairvoyance, à proférer de telles insanités sans réfléchir.

Je me suis demandée si sa véhémence n'exprimait pas un déni et une volonté de tenir à distance la réalité pour se protéger.

Dans son article, Nadia Geerts ose la question: « Faut-il en conclure que cette sensibilité à l'altérité va, chez ces jeunes non musulmans, jusqu'à accorder à l'islam fondamentaliste et conquérant le droit de s'imposer à tous ? »

Est-ce que cette collègue faisait preuve d'un simple conformisme, d'un esprit de soumission ou tentait-elle inconsciemment de justifier l'antisémitisme à Bruxelles (où elle vivait et avait passé son enfance) afin de rendre supportable la réalité ?

Or cette inconscience et cette indifférence dénoncées dans les plaidoiries m'ont parues se manifester une nouvelle fois lorsque je découvris le premier commentaire apparu sous la publication de l'Observatoire.

À l'ultime question poignante adressée par l'avocat à la cour:

« Comment, s'il vous plaît, je suis censé expliquer à la sœur de Sarah Halimi, réfugiée en Israël que la justice française protège ceux qui ont décidé de ne pas quitter ce pays et ce peuple qu'ils aiment passionnément ? »

la compassion ou une réflexion à la hauteur de la plaidoirie auraient été de mise. Ce ne fut pas le cas. Comme s'il marchait sur les morts, sans la moindre considération et délicatesse, un monsieur, s'illustra par un rappel à l'ordre grossier à l'Observatoire, aussi indécent que puéril. Tel un chef de parti courroucé, il se permit une sommation avec la véhémence arbitraire propre au totalitarisme.

D'autres nous firent part d'états d'âme similaires, qualifiant Valeurs Actuelles de « torchon » pour faire valoir à quel point, eux étaient exempts de toute souillure.

Ces âmes immaculées n'avaient rien à dire sur les assassinats de nos concitoyens. Elles n'exprimaient pas leur trouble et leur détresse face à la démission de la gauche concernant la lutte contre l'antisémitisme. Elles ne partageaient pas leur désarroi et leur angoisse face au peu de réactions des politiques après des manifestations où avaient rententi les cris de "Mort aux Juifs !" en Belgique.

Ils montraient seulement patte blanche sans se demander si « se sentir vertueux et être vertueux sont une seule et même chose. »

Comptent-ils donc comme immondice le contenu de cette plaidoirie ainsi que les articles consacrés au massacre effroyable de Sarah Halimi chez elle, en plein cœur de Paris lorsque la plupart des médias se taisaient en France (et en Europe) de crainte de « stigmatiser la communauté musulmane » ?

Ceux de Barbara Lefebvre, qui participa à la rédaction des Territoires perdus de la République sous la direction de Georges Bensoussan il y a 18 ans, aujourd'hui seulement cité comme ouvrage de référence après des années de déni ?

Ont-ils lu les articles du philosophe Robert Redeker (qui publie également dans Marianne) victime d'une fatwa pour avoir publié un texte critique sur Mahomet en 2006 et vivant sous protection policière ?

Connaissent-ils le militant laïque LGTB Mehdi Aifa (attaqué en justice par un islamiste et défendu par Maître Goldnadel), le boxeur Patrice Quarteron, ou le vidéaste apostat Majid Oukacha menacé de mort, qui ont déja pris la parole dans cet hebdomadaire ?

Ces personnes diverses et leurs réflexions sont donc réduis à l'état d'abjection par nos brillants commentateurs ?

Combien de journaux et d'articles lisent-ils ? Savent-ils qu'au sein même des rédactions, les disputes font rage ? Philippe Lançon dans Le lambeau évoque la vigoureuse joute qui se tenait au sujet du roman Soumission de Michel Houellebecq, juste avant l'irruption des assassins dans les locaux de Charlie Hebdo.

Ne se sentent-ils jamais eux-mêmes, saisis de déchirements et de doutes ?

Malheureusement, l'absurdité, l'incohérence et le caractère péremptoire de leurs assertions semblent répondre à cette question.

Dans le roman J'ai épousé un communiste, l'écrivain américain Philip Roth évoque la période du maccarthysme aux États-Unis. Le narrateur décrit avec admiration l'un de ses maîtres : « À quatre-vingt dix ans, tout disait qu'il était resté ce professeur dont la tâche, avec réalisme, sans forcer son talent, sans histrionisme, est de personnifier pour ses élèves la devise du franc-tireur: « Je m'en fiche pas mal », de leur apprendre qu'il n'est pas besoin d'être Al Capone pour transgresser, mais qu'il suffit de penser. Dans la société humaine, disait-il, penser est la transgression la plus radicale. Puis, se servant de ses jointures pour marteler chaque syllabe sur son bureau : « La pen-sée cri-tique, voilà la subversion absolue. »

Je me souviens de la crainte enfantine ressentie lorsque j'ouvris pour la première fois Valeurs Actuelles ! Le caractère racoleur de mauvais goût des couvertures me rebutait, néanmoins je voulais savoir ce qu'il en était. Enfant, à la maison se trouvait des exemplaires de Libération, de l'Humanité ou du Canard Enchaîné, j'avais peur de commettre une bêtise.

Une dispute homérique s'achevant dans les larmes m'avait déjà opposée à un proche qui découvrit un exemplaire de Causeur sur mon bureau. L'absence de fondement de ces affirmations péremptoires et méprisantes m'avaient exaspérée. (Depuis, par facétie, il m'arrive de citer à dessein tel article devant cette personne en feignant un air ingénu !)

Les articles de Marianne, du Point, de l'Express, du Figaro Vox, de la Revue des Deux Mondes et d'autres encore, donnent matière à penser. Alors même que Le Monde est gangréné par l'idéologie indigéniste, l'Observatoire a publié un article passionnant de Jean Birnbaum au sujet de « la maladie sénile du tiers mondisme » que constitue l'islamogauchisme.

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N'en déplaise à certains, l'Observatoire n'est pas un parti politique et encore moins leur parti politique. Il s'agit de penser, d'analyser et d'avoir les outils intellectuels pour combattre les fondamentalistes et leurs alliés, non pas de « s'allier à l'extrême droite » en vue des élections comme l'affirme sottement certains.

Je n'ai constaté aucune marque de solidarité ou d'intérêt chez ces mêmes commentateurs vertueux concernant la volonté d'alerter et d'interpeller nos élus sur la prolifération d'événements racialistes.

Aucune réaction face aux propos inquiétants d'un professeur de l'ULB dont le discours ressemble davantage à celui d'une militante politique et que d'une scientifique.

Nulle prise de parole constructive pour dénoncer l'entrisme islamiste au sein d'une institution de service public comme Actiris.

À la lecture de ces commentaires, l'on pouvait être consterné par le dogmatisme et la pauvreté des postures de ces défenseurs auto-proclamés de la gauche.

Pour que cesse ce sentiment d'impunité et de légitimité vis-à-vis de l'antisémitisme, nous avions affirmé récemment au sein de l'Observatoire qu'il fallait d'urgence que des prises de parole comme celle du député Marc Loewenstein (Défi) se multiplient. https://m.facebook.com/groups/observatoirebruxelles/permalink/674952079833742/

Pourquoi ces membres revendiqués du PS ne prennent pas la parole pour reconnaître publiquement les erreurs de leur parti et joindre leur voix à celle de Marc Loewenstein ?

Même à titre personnel en commentaire, ce serait un début pour repartir sur des bases saines s'ils le souhaitent réellement. Malek Boutih, ancien député PS de l'Essone en France et ex-président d' SOS Racisme a courageusement dénoncer la mansuétude et l' aveuglement de son parti, soutenant avec raison que «lutter contre le sectarisme et l'imbécillité est aussi une façon d'être utile en politique. »

La gauche n'est malheureusement plus à la pointe du combat contre l'antisémitisme, au contraire, elle fait souvent preuve de déni et de complaisance. Ainsi, il y a quelques années, certains se félicitaient que le Premier ministre du gouvernement Elio du Rupo reconnaisse la responsabilité de l'Etat belge dans la déportation des Juifs de Belgique sans manifester le moindre étonnement lorsque plus tard, dans une manifestation de soutien à Charlie Hebdo, ce dernier lançait de manière lunaire: « Je suis Charlie. Je suis Juif. Je suis Palestinien. Je suis victime de Boko Haram. Je suis victime de tous les actes de violence et de haine » mettant sur le même plan de manière implicite les frères Kouachi et l'État d'Israël.

Ce monsieur avait-il une pensée pour les palestiniens chrétiens du village de Tabeh en Cisjordanie qui célèbre la fête de la bière ? Ou s'agissait-il, après avoir exprimé une petite pensée pour les victimes juives assassinées parce que juives, d'évoquer dans la foulée la cause palestinienne de peur de froisser une partie de son électorat ?

Peut-être serait-il bon de songer au bien commun et de miser sur l'intelligence et la raison des citoyens plutôt que flatter le racisme.

À mon sens, se dédouaner de ne rien faire contre l'antisémitisme d'aujourd'hui en invoquant avec pompe celui d'hier constitue une attitude cynique. Quel monde veut-on donc laisser à nos enfants ?

Je ne constatais cependant nulle remise en question personnelle chez nos commentateurs vertueux. Au contraire, il s'agissait de rejeter vaguement la faute sur l'extrême-gauche, l'extrême-droite et, un peu, le capitalisme.

Un tel manque de vigueur me fit songer à un passage du livre sombre et âpre Moreaumachie de Marcel Moreau. Relisant les mots puissants de l'écrivain, j'éprouvais une vive jubilation, accrue à l'idée de pouvoir les partager prochainement dans ce compte rendu.

À l'heure où des décrets « citoyens » charriant la langue de bois du pédagogisme, visent à faire de l'école le laboratoire des idéologies « inclusives » et non plus un lieu d'élévation et d'intelligence, on peut regretter que Marcel Moreau, ce grand auteur né à Boussu dans le Borinage et mort cet été du coronavirus, ne soit pas davantage lu dans les cours de littérature. Ces mesures dramatiques qui nivèlent vers le bas le savoir et les capacités d'analyse des élèves a des conséquences désastreuses sur notre pays et participent à l'appauvrissement du débat d'idées.

Ici, les paroles du poète constituent un antidote puissant et revigorant face à la rhétorique pauvre et figée du politiquement correct.

L'écrivain dépeint une crise dépressive vertigineuse. « Surfécondant de beauté » sa colère et son désespoir, dans un style orageux, il dresse un tableau halluciné des grands systèmes idéologiques et politiques. Ceux-ci sont dépeints comme des arbres pourris au sein d'un monde dystopique. Il évoque ainsi « les quatre scato »: la scatoliberalis, (le libéralisme économique), la scatogaullis (le gaullisme), la scatocommunis (le communisme) et la scatosocialis (le socialisme).

Les descriptions de la scatocommunis et de la scatosocialis m'ont évoquées les critiques émises par la courageuse Tatiana Ventôse et partagées par nombre d'entre nous, au sujet de leur famille politique d'origine.

Ainsi la dégénérescence d'une partie de la gauche qui en arrive à promouvoir le racisme sous couvert de « lutte contre les discriminations » et son sectarisme grandissant me semblent parfaitement représentés par l'arborescence cauchemardesque de la scatocommunis:

« qui ne se penche sur vous que pour vous étreindre, vous étouffer dans ses inflorescences mauvaises, vous bisquer de ses baves, vous réduire à l'état d'hébété définitif, quelque chose qui en veut à l'homme imprudent, au téméraire qui ose s'aventurer hors des sentiers battus, quelque chose de salement luxuriant, de stupidement prospère et qui occulte votre peu d'espoir, s'il vous en reste, de sortir vivant de cette jungle. »

D'autre part, la description de la grotesque et monstrueuse scatosocialis parvient avec génie à rendre le sentiment d'inconsistance et de veulerie ressenti à la lecture des commentaires vertueux:

« contre-plante onctueuse, flexueuse, de sève jaunâtre, douée pour les manœuvres molles, encerclantes et fatiguées, une espèce qui ne se maintient vivante que par un sens hélas ! inné du parasitisme enveloppant, comme lorsqu'elle se colle poisseusement sur le tronc des arbres géants, qu'elle escalade avec lenteur jusqu'au faîte pour s'y accrocher, mais en laissant retomber des pendeloques de tubercules pisseux et malodorants, par surcroît inertes, arbres géants, puta gigantica, eux-mêmes atteints d'une affliction mortelle, inclinés vers le sol, et creux, et dans l'écorce desquelles les doigts de l'explorateur s'enfoncent comme en une diarrhée. »

Je laisse à chacun le soin de goûter la prose sauvage et ténébreuse de l'ogre...

Par son inventivité et sa vitalité , elle conjure la fatigue que provoque les assauts multiples de la bêtise.

Hier soir, l'Observatoire a subi une nouvelle offensive de la part de ceux qui promeuvent des idéologies toxiques. La démocratie et l'État de droit sont menacées et certains craignent encore qu'on les traite de raciste en dépit du bon sens. Quel désastre ne laisserait-on pas faire par orgueil et snobisme ? Je les encourage à prendre exemple sur le professeur Murray Ringold, sur Tatiana Ventôse et sur notre ami Cyril : à « s'en fiche pas mal » de l'avis des uns et des autres sur leur compte personnel pour enfin se mettre à penser.

Le poème « Vertiges préjudiciels » de Jean-Paul Michel contient une série de questions que l'auteur adresse au lecteur autant qu'à lui-même. Nous pouvons faire l'exercice de nous les lancer chacune à nous-mêmes en secret.

Escorté par sa voix, à chaque phrase, l'on se sent plus fort et armé face au grand réel, prêt à porter une parole claire:

« Aurez-vous une fois connu le goût du vrai pour le vrai ? »

« Aurez-vous senti de la lassitude aux répétitions de tous les partis, en fait de morale publique, de vérité, de justice, de politique pour les peuples ?

Concevez-vous distinctement la fatalité de ses répétitions ? »

« Voyez-vous la misère qu'il y a toujours à suivre seulement son intérêt ?

Le courage des prises de parti minoritaires ? »

« Aurez-vous éprouver salubre le piquant des interrogations et des doutes, relativement à l'énoncé de toute opinion arrêtée ? »

« Sentez-vous le scandale de ce que certaines vérités ne se puissent entrevoir sinon depuis des points de vue coupables ? »

« Aurez-vous connu votre bêtise ?

Vous fait-elle horreur assez ? »

« Voyez-vous la beauté de certains actes de témérité ?

Êtes-vous ému de la naïveté de leur désintéressement ? »

« Êtes-vous souvent en proie à la honte ?

Avez-vous tenté de vous racheter ? »

Enfin:

« Percevez-vous l'insuffisance de tous les moralismes ?

L'impossible de l'amoralité ? »

Et:

« Ce qu'ont de dérisoire les immoralismes affectés ? »