Quand le néo-féminisme efface les vraies victimes : ce que nous subissons

11/03/2021

Par Fadila Maaroufi 


Le néo-féminisme intersectionnel en vogue aujourd'hui fait de nous, femmes de culture musulmane attachées aux valeurs universelles laïques vivant sous la pression des islamistes, des invisibles. 

Les violences que nous subissons ne sont pas recensées dans les statistiques. On en parle rarement dans les reportages. Il n'y a pas de happening pour nous soutenir. Pourtant, en dénonçant l'islamisme, nous risquons notre vie. Nous ne cessons de recevoir des menaces de mort, des insultes, des messages obscènes abjects. Qui nous entend ? Où porter plainte ? 

Je constate que lorsqu'une femme d'origine maghrébine et de culture musulmane se fait insulter et menacer par des personnes de la même origine, on minimise le problème « pour ne pas faire le jeu de l'extrême droite ».  Or, depuis des années, celui-ci puise sa force du déni et de la lâcheté.

Le CCIB (ce sulfureux Collectif Contre l'Islamophobie en Belgique) et consorts nous parlent à longueur de temps de "femmes voilées discriminées" parce qu' "on" leur refuserait l'accès à l'enseignement supérieur ou à l' emploi.  

En réalité les discriminées ne sont pas qui l'on croit. Le voile est un symbole sexiste et rétrograde qui désigne l'impureté et l'infériorité de la femme si elle ne se couvre pas. Il constitue un moyen de pression et de discrimination pour celles qui résistent et refusent de s'y soumettre. 

Voici le genre de risque que nous encourrons lorsque nous faisons le choix de laisser libres nos cheveux, refusons l'assignation à « la pudeur » ou encore refusons d'obtempérer face à la pression du groupe. 

C'était en 2004, durant le mois de Ramadan. Je travaillais dans une association de projet de cohésion sociale à la ville de Bruxelles. Le but était de "créer du lien" comme on dit entre les personnes vivant dans les logements sociaux, et les autres habitants du quartier.

 À la pause de midi, mon collègue et moi déjeunions dans notre local qui restait ouvert. Trois enfants âgés de 8 à 10 ans que je connaissais bien entrèrent et me virent le sandwich à la main. 

D'emblée, ils me demandèrent pourquoi je ne faisais pas le ramadan alors que j'étais marocaine. 

_ « Je ne suis pas marocaine. 

_ Mais tu t'appelles Fadila Maaroufi! 

_Et vous, vous vous appelez Mohamed, Rédouane et Karim et vous êtes belges comme moi. »

Je leur expliquai qu'ils confondaient origine, nationalité et religion et leur confirmai que j'étais bien d'origine marocaine. 

L'un d'eux me dit: 

_« Alors, t'es une sale juive ? »

_Tu as déjà rencontré une personne juive ?

_Non. 

 _Comment tu sais que les juifs sont sales ? » 

 Il faut savoir que dans certains quartiers, l'insulte suprême est « sale juif ». 

À l'école des devoirs ou lors d'animations, il m'arrivait très souvent de punir des enfants et des adolescents qui employaient cette expression. Certains collègues ne les corrigeaient plus, comme si c'était normal. De mon côté je ne laissais passer aucun commentaire raciste. Il était hors de question de céder à l'antisémitisme. Je voulais les faire réfléchir et progresser. Après avoir expliqué aux enfants qu'il existait des personnes marocaines chrétiennes, juives, musulmanes et athées, ils repartirent, satisfaits d'avoir appris quelque chose. Une heure plus tard, la nouvelle avait déjà fait le tour du quartier: des collègues travaillant sur un site voisin eurent vent qu'une femme d'origine marocaine et de culture musulmane "ne faisait pas le ramadan". 

Le lendemain, une femme dont la fille fréquentait l'école des devoirs se présenta au local de l'association, le visage déformé par la rage, le dégoût, le mépris. Elle se mit à me traiter de tous les noms: « pute », « salope », « chienne », me dit que j'irai brûler en enfer. 

 Abasourdie, je tentais de lui répondre mais ne pouvais placer un mot. Elle n'en finissait pas de m'accabler. Mon collègue s'interposa et pensant la calmer, lui dit : « Regardez: moi, je ne suis pas musulman, je ne fais pas le ramadan non plus, ce n'est pas grave ! » Elle lui répondit qu'étant né chrétien, (qu'en savait-elle ? rien, à part qu'il était blond aux yeux bleus) il était de toute façon condamné. Moi, je ne pouvais pas apostasier. Ou alors, je devrais mourir. 

Il lui ordonna vivement de sortir. Quelques minutes plus tard, un voisin ayant entendu la dispute pénétra à son tour dans notre local. Portant la barbe, vêtu d'une djellaba, il se mit à m'insulter copieusement puis leva la main pour me frapper. 

Nous étions prêts à nous battre quand mon collègue s'interposa et réussit à le faire sortir. 

Suite à cela, je prévins mes responsables de l'incident. La Directrice de l'association m'apporta son soutien et se déclara prête à m'appuyer si je portais plainte. 

Mon coordinateur, en revanche, se montra réservé. Il craignait des représailles. Certains de nos collègues affirmèrent qu'à l'avenir nous n'aurions qu'à éviter de « manquer de respect » aux jeûneurs. 

Je me rendis auprès d'un service de lutte contre les discriminations afin de bénéficier d'une assistance. Là on m'écouta ... puis on me signala qu'il serait délicat de prendre en compte mon témoignage dans la mesure où mes agresseurs était de la même origine que la mienne. 

Me faire agresser par un belgo-belge aurait été tellement plus simple !

Notre local resta fermé une semaine. J'y retournai un matin. Pour me rendre au travail, je devais traverser une place située au cœur des logements sociaux. Je ne sais comment, je fus soudainement entourée d'une dizaine de garçons âgés de 13 à 18 ans. 

D'où avaient-ils surgi ? M'avaient-ils guettée ? 

À proximité, il y avait un centre de jeunes fréquenté par des garçons du quartier. Venaient-ils de là ? Je revois une horde hilare de jeunes qui m'encercle puis m'entraîne et me coince devant une palissade en bois. 

Je ne connais pas ces visages. Tout d'un coup, des flammes jaillissent. Quelqu'un a dispersé du carburant par terre puis mit le feu. Je suis entourée par les flammes. Un des garçons sort un petit appareil photo jetable Kodak. Soudain, quelqu'un crie. Je reconnais la voix de mon collègue. Il s'approche en courant. La horde se disperse et lui, parvient à éteindre le feu en le recouvrant avec sa veste.

Ce genre d'expérience j'en ai subi beaucoup et je ne suis pas la seule. Mais que vaut notre voix devant les lâches et les cyniques ? 

Qui veut savoir ? Les néo-féministes ? Certainement pas ! Elles promeuvent aujourd'hui l'enfermement des femmes sous le voile comme s'il s'agissait d'un progrès d'une liberté. Absurde et criminel.

La liberté de s'émanciper de traditions pesantes, ce n'est pas pour nous.
Simplement sentir la caresse du vent dans nos cheveux... ce n'est pas pour nous.

Les islamistes et leurs idiots utiles sont parvenus à faire l'amalgame, non seulement entre femme musulmane et femme voilée mais entre femme musulmane et femme d'origine immigrée. Rien d'étonnant. Sous couvert d'inclusivisme, les islamistes défendent un islam identitaire qui n'a rien à envier aux thèses de l'extrême droite. 

Aujourd'hui, considérant la chape de plomb qui pèse sur ces questions, j'ai conscience de n'avoir plus aucune chance de trouver un emploi en tant que travailleuse sociale en Belgique. J'ai été licenciée pour avoir osé refuser de jouer le jeu des idéologies intersectionnelle, décoloniale et indigéniste qui font désormais régner la terreur intellectuelle dans le milieu social et associatif.
Je raconte cela dans un livre qui va sortir bientôt en Belgique (*)

Les violences que nous avons vécues, nous les subissons une seconde fois lorsque nous constatons l'indifférence de fer de belles âmes face à notre situation. D'un revers de main souverain, elles balayent ce qui met à mal leur vision du monde, ces mannequins de toutes les couleurs. 

La stigmatisation, je la subis tous les jours. Depuis la création de l'Observatoire d'autres violences se sont ajoutées par le biais de médias ou d'associations qui prétendent défendre les droits des femmes et m'attaquent personnellement. Nous le racontons dans le livre. Pour nous faire taire, rien de plus simple que de tenter de nous intimider en nous traitant de « facho ». Ou de nous culpabiliser en nous accusant de « faire le jeu de l'extrême droite ». C'est toujours au nom de noble cause qu'on justifie le mensonge, perpétue la terreur et sacrifie la Vie. Je pense à toutes celles qui n'ont pas été recensées comme victimes de violences le 8 mars 2021 en Belgique. Et pour cause. Elles ont été emmenées au Maroc et mariées de force par leur famille qui leur a soustrait leurs papiers d'identité afin qu'elles ne puissent plus revenir. 

Elles ont été effacées. 
Pourquoi ? Comment ? Nous l'analysons dans ce livre à paraître. 

(*) ce livre s'intitule Cachez cet Islamisme : Voile et laïcité à l'épreuve de la cancel culture, coordonnée notamment par l'anthropologue Florence Bergeaud-Blackler  aux éditions la Boîte à Pandore.