Marc,  dentiste à Charleroi

13/11/2020

Une patiente se présente en mon cabinet la tête recouverte d'un voile. L'examen clinique de sa bouche laisse soupçonner une parodontite. Une radiographie panoramique dentaire s'impose. J'invite donc la patiente à venir s'insérer au sein de l'appareil. La présence du foulard ne me permet pas de prendre les repères nécessaires pour le positionnement correct de sa tête. J'exprime par conséquent un certain agacement à ce sujet : "Quelle affaire quand même avec ce foulard : vous voulez bien l'enlever?" Plutôt que de comprendre la situation et de l'ôter, la patiente déclare : " Si c'est comme ça, je change de dentiste !".

La prenant au mot, je lui permets de s'extraire sans difficulté de la machine en lui disant : "Pas de problème, on est libre de choisir son dentiste en Belgique, je vous en prie, vous pouvez disposer." Là-dessus, la patiente prend ses effets personnels et quitte le cabinet d'un pas décidé.

Quelques minutes plus tard, quelqu'un tambourine de façon brutale à la porte. Je m'empresse d'aller voir ce qu'il se passe. Quand j'ouvre la porte, je vois cette femme accompagnée par son mari qui me demande de façon véhémente des explications. Ce sur quoi je lui réponds : "il y avait un problème avec le foulard de madame pour prendre une radiographie panoramique, et madame m'a dit vouloir changer de dentiste. Je l'ai donc laissée partir."

Là-dessus, l'homme me dévisage d'un air agressif et me lance au visage : "Cela se voit que vous avez une tête de raciste! Sachez que la plupart des maisons ici dans le quartier, ce sont des musulmans qui les occupent, alors on va faire en sorte que vous n'ayez plus personne qui vienne! Raciste!". Insulte à laquelle je n'ai rien trouvé d'autre à répondre que : "On est libre en Belgique! Madame veut changer de dentiste : elle peut si elle le veut, il n'y pas de problème!". 
Je n'ai pas su répondre vraiment... et 
voilà comment, au fil des années, je me suis senti devenir en quelque sorte, un étranger dans mon quartier.

Ce cas n'est évidemment qu'un cas parmi des milliers d'autres. Isabelle Lévy, dans son ouvrage paru en 2011 aux éditions Presses de la Renaissance, intitulé Menaces religieuses sur l'hôpital, posait déjà la question page 107 : "Comment faire cesser cette montée en puissance d'entraves aux soins ?"

La question reste plus que jamais d'actualité en raison de ces menaces fondamentalistes persistantes, et sans doute même croissantes, sur les soins de santé.