Pourquoi un Observatoire des fondamentalismes ?

L'Observatoire des Fondamentalismes à Bruxelles (dit l'Observatoire ou en abrégé OBruxelles) est une organisation apartisane créée en Janvier 2020 par la belge Fadila Maaroufi née à Bruxelles (directrice du pôle vigilance et médiation, porte-parole de l'Observatoire) et la chercheuse française Florence Bergeaud-Blackler (directrice du pôle scientifique). C'est une organisation qui se donne pour mission de mettre en commun, diffuser et partager des connaissances théoriques, pratiques et critiques sur les fondamentalismes religieux. Elle agit pour la défense des valeurs démocratiques, la liberté d'expression et la liberté de conscience.  

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La montée des fondamentalismes religieux est une préoccupation de plus en plus concrète pour les citoyens belges et européens. Nous pensons que l'un des moyens de l'endiguer est l'éducation, la compréhension, l'échange et le partage des connaissances. 

Or l'information sur les fondamentalismes reste trop souvent confinée au monde académique et demeure largement inaccessible au grand public. Celle-ci doit être partagée, vulgarisée, instruire tous les citoyens.

Inversement la recherche peut grandement bénéficier des expériences des citoyens.

L'Observatoire veut être ce lien entre la recherche et les habitants.

A Bruxelles il existe un maillage de mosquées, d'églises évangélistes qui promeuvent un rapport littéraliste, dogmatique et légaliste aux textes sacrés, qui entraine un certain nombre de ruptures avec les valeurs communes. Ces croyances ultra-prosélytes sapent les fondements de nos sociétés démocratiques. Elles prônent la prière plutôt que la médecine, sont hostiles à l'avortement, à l'homosexualité etc, favorisent le suprémacisme religieux et racial entrainant de graves décompositions du terreau social. En particulier, le fondamentalisme musulman est en augmentation à Bruxelles comme partout en Europe. Il se présente sous une forme piétiste visible (wahhabo-salafisme) et/ou sous une forme politique (islamisme). La première est une forme de communautarisme de repli qui s'emploie à créer des enclaves dans la ville. La seconde peu visible, mais très préoccupante, agit par infiltration des institutions qui régulent et animent le tissu social : les partis politiques, les associations culturelles, linguistiques, féminines, sportives, les associations pour l'intégration des étrangers, mais aussi les lieux d'enseignement, écoles et universités, les institutions de soin de santé, les prisons ou encore les entreprises.

En Belgique des dispositifs existent contre les extrémismes violents en général comme par exemple le réseau de prise en charge des extrémismes et des radicalismes violents créé par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles[1].

Mais aucune réponse n'est apportée aux personnes qui subissent ou sont témoins des formes plus sournoises d'entrisme et de subversion des valeurs dans les lieux où ils vivent, résident ou travaillent. Ce travail de sape de la part d'organisations non-démocratiques se fait de façon lente et sourde, au quotidien. Des habitants, des employés des institutions et associations peuvent se retrouver au cœur de conflits de loyauté tiraillés entre les valeurs qu'ils défendent comme citoyen et ce que leur situation de voisinage, leur fonction professionnelle ou leur hiérarchie leur impose.

Il importe que ces problèmes soient traités aussi concrètement qu'ils se posent afin qu'ils ne mènent pas à une exaspération conduisant à des formes radicales, par la violence, la dépression, ou par des choix politiques anti-démocratiques.

Donnons quelques exemples rapportés par des enseignants, animateurs, habitants:

  •  à l'école : pressions sur les écolières non voilées, pression pour porter le voile, pour manger halal, jeûner de plus en plus jeune, contestation des enseignements historiques, en biologie ; pression sur les enseignants, refus d'assister à certains cours ; retour du blasphème ; harcèlements etc.
  • dans les milieux sportifs et culturels : les jeunes filles sont priées d'éviter de pratiquer certaines activités sportives, voire toutes les activités sportives ;
  • dans les institutions de soin de santé : renoncement des soins pour éviter qu'une femme soit examinée par un homme ; médecine dite "prophétique" à l'hôpital, et en médecine de ville ;
  • dans les entreprises : demande d'aménagement des temps de travail, lieu de prière, gestes discriminants ; tendance à une re-spécialisation des métiers par sexe ; développement du travail à domicile pour les femmes ;
  • division entre médias haram et médias halal ; séparatisme ;
  • dans l'espace public et politique : le fait d'évoquer le fondamentalisme, l'islamisme entraine l'accusation de racisme ; les lanceurs d'alerte sont cibles de menaces ; banalisation de la violence et des menaces de mort à l'égard de ceux qui contestent ou désirent abandonner ou de changer de religion etc.
  • Entrisme dans les tissus associatif, médiatique et politique

L'Observatoire propose de recueillir des témoignages, documenter ces phénomènes, les analyser, apporter des réponses en proposant des actions avec celles et ceux qui s'engagent .




[1] Il est composé du CREA (Centre de ressources et d'appui du Réseau) et du CAPREV (Centre d'Aide et de Prise en charge de toute personne concernée par les Extrémismes et Radicalismes Violents).